PROJET PEDAGOGIQUE

Dans toutes les cultures, depuis des milliers d’années, les jeunes ont été amenés à vivre des rites d’initiations pour devenir homme ou femme et être reconnus en tant que tel par la communauté des adultes. Ils devaient traverser des épreuves codifiées, auxquelles la culture les préparait, et qui catalysaient tout à la fois leur croissance physique, émotionnelle et spirituelle.

Dans notre société, depuis quelques siècles déjà, les initiations ont disparu. De nombreux adultes demeurent longtemps des « grands ados », incapables d’assumer pleinement leurs responsabilités, de penser librement par eux-mêmes, d’aimer pleinement, de s’apprécier à leur juste valeur et d’honorer à leur façon ce qui les transcende.

Pour grandir, les jeunes cherchent des réponses à leurs questionnements profonds, intimes, à travers diverses expériences pour faire éclater leurs limites. C’est comme s’ils savaient que quelque chose d’exceptionnel doit survenir pour pouvoir approfondir et actualiser leur connexion à la vie, pour révéler leurs dons, pour donner du sens à leur existence…

Nous avons à cœur de proposer aux jeunes de renouer avec la tradition initiatique en leur offrant un cadre et une préparation pour leur permettre de vivre une expérience de connaissance de soi. Il s’agit d’une retraite en solitaire dans un lieu de nature inspirant : forêt, montagne, désert, … La durée et le lieu de cette retraite varient en fonction de l’âge du jeune et de son cheminement sur cette voie. Cette expérience de dépassement de soi, seul dans la nature, permet au jeune une renaissance à un nouvel état d’être, avec une compréhension élargie de soi et du monde. Le jeune est soutenu tout au long de son parcours par ses pairs, par le groupe qui reconnaîtra et validera son expérience ainsi que son nouveau statut.

L’initiation est, selon les anthropologues, composée de trois phases :

  1. Le départ, la séparation : le jeune quitte le groupe, franchit le seuil (de lui-même) au-delà duquel il ne reviendra plus le même.
  2. Le temps d’initiation : l’expérience transformatrice, qui implique une mort symbolique et une renaissance à un nouvel état d’être.
  3. Le retour dans la communauté : le jeune ramène quelque chose de sa retraite initiatique qu’il peut offrir, partager ; un supplément d’âme qui bénéficiera à tout le groupe.

Si l’initiation est le socle de cette pédagogie, elle nécessite au préalable de développer chez le jeune certaines qualités personnelles afin de pouvoir traverser l’épreuve que constitue cette retraite solitaire et d’en récolter les fruits véritables.

A travers diverses pratiques et le recours à sa créativité, le jeune devra apprendre à équilibrer les différentes fonctions de son être : son corps, son cœur, et son esprit. La pédagogie initiatique utilise des symboles, des archétypes pour représenter ces différentes dimensions de l’Etre :

  • Son corps – à travers la figure symbolique du paysan qui apprend notamment la tempérance, la juste température des feux intérieurs du corps, et affine son lien avec la Nature ;
  • Son cœur – à travers d’une part la figure symbolique du chevalier qui apprend à faire preuve de courage, d’engagement et de persévérance et d’autre part à travers la figure de l’artiste qui apprend à apprivoiser et à exprimer sa sensibilité, ses émotions, à les transformer en œuvres d’art ;
  • Son esprit – à travers la figure du philosophe qui éveille au monde de l’esprit, interprète les signes qui l’entourent, donne sens à l’existence et nourrit la vie intérieure.

 L’harmonie de ces trois fonctions en lui est représentée symboliquement par la figure du Roi.

« L’initiation concerne la pédagogie du retour de notre âme vers sa patrie originelle, la stratégie d’un retournement qui se fait ici et maintenant dans notre existence, et dont les conséquences très pratiques ne sont rien d’autre que l’actualisation du maître en chacun, seul capable d’instaurer une liberté dans le chaos passionnel et le mélange trouble que nous sommes devenus si souvent, au long d’une croissance aveugle privée d’un jardinier bienveillant. Il s’agit donc, à travers l’initiation, de réveiller le maître intérieur qui est en nous, le « guide » de notre âme. Chacun pressent la présence intime de celle-ci en lui, souvent en désaccord avec les décisions de l’homme extérieur. Lorsque le temps mondain prend trop d’importance, l’âme entre dans l’occultation et s’attriste. Elle ne peut plus se dire dans ce fatras d’affaires qui recouvre son bel éclat : le maître intérieur s’assoupit et oublie. Le processus initiatique le réveille ».

Pierre-Yves Albrecht